
Il n’est pas rare qu’on me demande en quoi consiste mon métier de thérapeute en relation d’aide. Les gens ont une idée de ce qu’est un psychologue ou un psychothérapeute, mais thérapeute en relation d’aide, à moins d’avoir déjà consulté, ça reste un peu flou.
Je leur donne alors les grandes lignes: je peux accompagner pour aider mes clients à améliorer leur estime de soi, améliorer leurs relations, atteindre un objectif de leur choix, amener plus d’alignement dans leur vie, passer à travers une période difficile, amener de la clarté et du soutien dans une situation précise, etc. Mon accompagnement se passe toujours au présent, dans la réalité actuelle de la personne.
Quand je pense que la plupart des gens bénéficieraient de consulter ici et là, c’est souvent une crise qui amène quelqu’un à prendre rendez-vous. Que ce soit à cause d’une séparation, d’une maladie qui affecte diverses sphères de vie, un épuisement professionnel qui amène à reconsidérer son futur, la perte d’un être cher, etc.
Personnellement, ma crise à moi est survenue lorsque j’avais 14 ans, l’introspection, la recherche de mieux-être, le besoin de changement et mon cheminement intérieur ont donc fait partie de ma vie dès un jeune âge. J’ai visité les différentes parties de mon être via plusieurs techniques, j’ai appris à me connaître de mieux en mieux, mais c’est vraiment au courant de mes formations, alors qu’un suivi régulier avec une collègue thérapeute faisait partie des exigences de cours, que j’ai trouvé mon alignement et que j’ai fait le plus de nettoyage intérieur. Bref, dans un moment où je n’étais pas en crise et où j’avais le temps, la disponibilité et l’énergie pour mettre en place l’affirmation de mes valeurs, le développement des qualités qui étaient importantes pour moi, pour amener toujours plus d’amour et de satisfaction dans chaque aspect de ma vie.
Voyez-vous, quand on attend d’être dans la crise, il y a de fortes chances qu’on soit déjà dans la troisième partie du cycle d’Hudson lorsqu’on entre dans le bureau d’une thérapeute. Le cycle d’Hudson comporte 4 phases. La première se nomme la phase de lancement, c’est l’équivalent de la lune de miel pour les amoureux, ou ce moment où on débute un projet et que tout va bien. On a de l’énergie à profusion, on respire le bonheur, on est performant et motivé. Après un certain temps, il est possible d’entrer dans la deuxième phase qui est celle du déclin. On vit alors des frustrations, de la colère, de la peur, on doit faire face à des problèmes, etc. Idéalement, c’est à ce moment-là que l’idée de consulter devrait faire surface, aussitôt que ça commence à être moins plaisant. Mais souvent, on attend que ça se règle tout seul ou on pense s’en occuper, mais plus tard. La phase de déclin, ça peut être par exemple lié à une incapacité à s’affirmer, à mettre ses limites, qui devient une accumulation de petites situations qu’on peut juger banales ponctuellement, mais qui au fil du temps finissent par peser. Les problèmes ne partent pas par magie et ce qui peut sembler banal ne l’est jamais vraiment. Si vous ressentez de la colère ou de la frustration sur une base régulière, c’est qu’il y a quelque chose à aller démystifier. Il est bon de savoir que lorsqu’on se trouve dans cette phase de déclin, l’énergie de prendre action et d’amener le changement nécessaire est disponible. Il suffit parfois de petits ajustements pour repartir dans la phase de lancement.
Toutefois, lorsqu’on attend trop et que le poids de ce qui nous dérange s’accumule, il y a des bonnes chances qu’une crise éclate ou que l’indifférence s’installe, ce qui nous amène à la troisième phase, la phase de marasme. C’est une phase de deuil, il est trop tard pour retourner en lancement. C’est souvent là qu’une personne peut choisir de consulter, car elle n’est plus fonctionnelle. Comme le dit le mot marasme, l’énergie n’est plus là et tout devient plus difficile. D’abord, une période deuil n’est pas quelque chose de linéaire ou de logique, on peut y rester quelques semaines, comme ça peut durer des mois, mais c’est aussi une période où on ne sait plus ce qu’on veut, où on se sent perdu, où la vie peut perdre sa saveur.
Éventuellement, après un travail de reconnexion à ses valeurs, de connaissance de soi et d’accueil de ses émotions plus difficiles (tristesse, colère), la personne entrera dans la quatrième phase qui est celle de renouveau. C’est une période où on essaie de nouvelles choses pour commencer un nouveau chapitre de sa vie. Comme la phase de marasme, c’est une période où l’énergie reste basse et où il est possible de retomber en marasme. Lorsque la personne finit par trouver ce qu’elle veut faire, ce qui animera le prochain chapitre de sa vie, le cycle recommence avec la phase de lancement.
Vous comprendrez qu’un accompagnement thérapeutique avec une personne étant dans une phase de déclin versus une personne étant en marasme n’a pas la même durée ni le même impact. Alors pourquoi attendre d’être au plus bas, de se sentir au pied du mur, pour s’autoriser à prendre soin de soi?
J’ai parfois l’impression qu’on valorise davantage une activité comme un voyage à l’extérieur du pays plutôt que le voyage à l’intérieur de soi. J’ai moi-même fait plusieurs voyages dans ma vie, vécu sur plusieurs continents, vu des paysages époustouflants, mangé des mets délicieux et eu du plaisir à découvrir d’autres cultures, mais rien de tout cela n’égale ce que mon cheminement intérieur m’a apporté. J’ai appris à voir mes comportements et à les comprendre plutôt que de réagir au premier signe de douleur de mon égo par des mécanismes de défense. J’ai appris à connaître ce qui me convient de ce qui n’est pas pour moi. Je suis sortie de conditionnements et de modes de pensées appartenant à ma famille, mais ne faisant pas partie de qui je suis. J’ai lâché ce que les autres attendaient de moi, leurs projections. J’ai dépassé des peurs et relever des défis que je croyais au-delà de mes capacités. J’ai atteint un état de paix quasi permanent, où je me sens suffisamment en sécurité dans mon corps physique pour me laisser aller dans le flot de la vie qui m’habite et attirer l’abondance et les synchronicités à moi. Est-ce que ma vie est parfaite? non, mais je ne pensais pas atteindre le niveau de solidité et de résilience qui m’habite aujourd’hui. Je ne pensais pas que ma vie pouvait être aussi facile et satisfaisante. Je n’ai pas effacé mes douleurs ou mon passé, mais je choisis à chaque instant ce que je veux vivre dans mon présent. Ce qui est venu avant ne détermine pas qui je suis aujourd’hui. Je le sais maintenant. Je suis l’artiste de ma vie. Et au fond de moi, je suis convaincue que lorsque chaque personne aura repris son pouvoir intérieur en passant par la responsabilisation de ses actes, nous n’aurons plus besoin de structures de pouvoir extérieures, car chacun connaîtra sa place et sera reconnu pour celle-ci. Cela est mon plus grand rêve, bien que je doute être témoin de cela de mon vivant.
Pourquoi attendre que les choses changent ou s’améliorent d’elles-mêmes? Elles ne le feront jamais, tant que nos comportements, nos émotions, nos pensées, nos réactions restent les mêmes.